Panorama du soutien au repreneuriat en France

Panorama du soutien au repreneuriat en France

Depuis 20 ans, plusieurs acteurs cherchent à accompagner le processus de transmission-reprise en France afin de répondre aux attentes des cédants et des repreneurs. Issus de domaines variés, ils peuvent concerner les secteurs public, privé et associatif, ainsi que représenter des acteurs spécialisés dans un domaine de la transition ou avec une approche généraliste… Catherine Thevenard-Puthod nous apporte des précisions sur leurs actions et les outils déployés.

Aujourd’hui, les acteurs sur le marché de la transmission d’entreprise se multiplient et peuvent englober :

  • les Chambres consulaires,
  • les avocats, les notaires, les experts comptables,
  • les agents immobiliers (vente et fond de commerce),
  • les cabinets de conseils en audit,
  • les syndicats,
  • les réseaux bancaires,
  • l’État français et les régions qui veulent améliorer le processus,
  • le tissu associatif : APCE/AFE, initiative France, Réseau Entreprendre, etc…

Auparavant, ces acteurs agissaient de façon indépendante mais depuis mars 2005, une véritable concertation s’est mise en place sur les différents dispositifs qui manquaient de visibilité auprès des cédants et des repreneurs. Grâce à des rencontres de réflexion et de structuration, un projet est né, le Réseau Transmettre et Entreprendre.

 

L’intérêt du Réseau Transmettre et Entreprendre

La création du Réseau Transmettre et Entreprendre a permis de déterminer trois missions principales :

  • Développer l’information auprès des cédants et repreneurs en créant des outils pratiques,
  • Participer à des évènements professionnels et proposer un grand nombre de formations,
  • Faire le lien avec l’État en étant force de proposition auprès des pouvoirs publics pour encourager la reprise.

Une nouvelle démarche a pu voir le jour pour les acteurs, celle d’intervenir sur toutes les phases du processus alors que par le passé, leur champ d’action concernait la partie en amont. L’important pour eux était que la transaction se réalise et l’accompagnement s’arrêtait au closing de l’opération. Le repreneur éprouvait donc des difficultés lorsqu’il arrivait à la tête de l’entreprise. L’accompagnement post-reprise se développe pour remédier à cela et éviter au maximum les difficultés dans le processus.

La France évolue donc dans ce sens et propose, à présent, des dispositifs d’accompagnement à tous les stades du processus.

 

Une intervention pour chaque phase du processus

En offrant un accompagnement au niveau de chaque étape du processus, un ensemble d’outils et de mesures a pu voir le jour pour répondre au mieux aux besoins des cédants et des repreneurs :

 

  • La sensibilisation des cédants :

Il y a une partie importante de l’accompagnement qui consiste à sensibiliser le cédant, parce que nous partons du constat alarmant que près de 20% des dirigeant de PME en France ont plus de 60 ans. Ils abordent la question de la transmission trop tardivement. Pour faire face à ce manque d’anticipation, de gros efforts sont réalisés notamment via le Réseau Transmettre et Reprendre qui a mis en place un dispositif de communication en réalisant des affiches diffusées largement, des vidéos en ligne (conseils pour cédant/repreneur) et un document en ligne « Le guide du cédant au repreneur ».
Aussi, le réseau a participé à la mise en place d’une semaine sur la transmission-reprise, dont la dernière édition date de novembre 2016.

Ces actions complètent des dispositifs qui existaient déjà comme la Banque Publique d’Investissement et son « check up transmission » pour cédants ou l’Association Cédants Repreneurs d’Affaires qui organise des journées de sensibilisation.

 

  • L’accompagnement des repreneurs :

Il existe des Clubs de repreneurs où l’échange d’informations, la mutualisation des compétences, la mise en commun des efforts tout au long du projet de reprise sont partagés.
L’Association Cédants et Repreneurs d’Affaires organise des clubs de ce type, pilotés par des animateurs, où les repreneurs se réunissent tous les 15 jours.
Il existe, également, des systèmes de parrainage où les repreneurs sont accompagnés par un parrain-mentor, ancien chef d’entreprise, pour sortir de l’isolement. Cela peut durer 1 à 3 ans. Ex : Initiative France.
BPI France a mis en place un Pass Repreneur qui est composé d’un diagnostic pré-transaction et d’un accompagnement après la reprise grâce à des experts en développement d’entreprise.
De nombreuses formations existent sur des modules spécifiques, de façon ponctuelle et sur une plus longue durée, comme L’école des managers. Elles sont dirigées sur l’action et le pragmatisme.
Des dispositifs sont aussi offerts aux demandeurs d’emploi avec le dispositif NACRE par exemple.

En résumé, les dispositifs d’accompagnement pour les repreneurs sont nombreux et variés sur l’ensemble du territoire français.

 

  • La rencontre des cédants et des repreneurs :

Il existe beaucoup de bases de données en ligne et gratuites, qui permettent aux cédants de proposer leur entreprise et aux repreneurs de se faire connaître des cédants. La base Transentreprise peut être citée.

 

  • Le financement :

L’épineux problème de la reprise est souvent celui du financement. Malgré l’atténuation des effets de la crise et des taux d’intérêt très bas, les conditions d’octroi des prêts bancaires restent contraignantes notamment en termes d’apport personnel. Il existe de nombreux dispositifs comme la médiation du crédit aux entreprises, les prêts d’honneurs, la BPI et ses prises de participation minoritaires, le contrat de développement de transmission…

 

  • La fiscalité :

La fiscalité française tente de s’alléger pour favoriser la transmission d’entreprise mais cela reste toutefois complexe. Le Pacte Dutreil a permis la baisse des droits de succession, l’allégement de la taxation sur les plus-values…

 

  • Favoriser la phase de transition :

Pour favoriser la phase de transition entre cédant et repreneur, le cédant peut rester dans l’entreprise qu’il a vendue entre 2 mois et 1 ans avec rémunération ou non afin d’assurer le transfert de ressources et de compétences au repreneur. Ce dispositif donne droit à une prime de l’état à hauteur de 2000 euros.

Ces efforts réalisés sur les dernières années ont permis de soutenir la transmission d’entreprise en France et ils ont ouvert la porte à d’autres projets pour s’adapter au mieux au marché. Globalement, la politique publique s’est affirmée et doit continuer ses efforts. La cible des jeunes doit être davantage sensibilisée, les aspects juridique et fiscal doivent continuer à s’alléger, le financement doit trouver des clés de facilité et l’accompagnement du repreneur en post-reprise doit être renforcé.

Catherine Thevenard-Puthod est enseignante-chercheuse à l’Université Savoie-Mont-Blanc. Elle enseigne la stratégie d’entreprise, le marketing, les méthodes de recherches qualitatives. Elle est membre de l’équipe de recherche innovation et développement d’organisation de l’Institut de recherche en gestion et en économie. Ses travaux portent sur deux thèmes principaux : les stratégies de développement externe des TPE et PME et la transition-reprise des entreprises.

23 novembre 2017|Paroles d'experts|