Les recherches sur le repreneuriat en France

Les recherches sur le repreneuriat en France

Le marché français du repreneuriat continue de gagner en importance, porté par un effet démographique qui est commun à beaucoup de pays. Également, le renforcement du soutien au repreneuriat et le développement de dispositifs pour faciliter les démarches sont devenus centraux pour démystifier le transfert d’entreprise. Julien de Freyman nous apporte une autre vision, celle d’un académicien pour présenter les recherches effectuées autour du repreneuriat en France.

 

Ce qu’en dit le volet académique

Les recherches académiques soulignent le caractère stratégique du changement de dirigeant tant pour l’économie que les territoires, et ont établies deux responsabilités, celle du cédant ou prédécesseur et celle du repreneur ou du successeur.

Le cédant ou le prédécesseur doit créer les conditions nécessaires à la passation de son entreprise. On parle ici d’un acte de gestion pour rendre l’entreprise cessible.

Le repreneur ou le successeur doit préserver au moins à court terme l’équilibre économique et sociale de l’entreprise pour sécuriser son investissement financier.

 

À qui le cédant doit vendre son entreprise ?

Le repreneuriat représente deux réalités exprimées par la cession et la succession qui sont deux modes de transmission.

Le premier mode est interne à la famille avec la possibilité d’une transmission interne ou externe à l’entreprise.

Le deuxième mode est externe à la famille avec la possibilité d’une transmission interne ou externe à l’entreprise.

Quatre modalités principales pour transmettre une entreprise ont été identifiées :

  • La succession
  • La reprise par les salariés
  • La reprise par une personne physique
  • La croissance externe

Ces modalités montrent un véritable déséquilibre au niveau de la recherche française puisque la reprise par une personne physique et la succession ont davantage été concernées par les travaux. La reprise par les salariés et par la croissance externe ont connu un intérêt moindre au niveau des travaux conduits.

Pourtant, il y a des objectifs communs entre ces différentes modalités :

  • la meilleure compréhension des pratiques repreneuriales,
  • la recherche des facteurs clés du succès,
  • la volonté de sensibiliser des acteurs à des problématiques peu présentées notamment sur les cédants,
  • des recommandations pour structurer l’écosystème du repreneuriat et prendre les meilleures décisions.

 

Une concentration nécessaire sur les acteurs

Les recherches se sont concentrées sur trois acteurs majeurs : le repreneur, le cédant et l’entreprise.

Pour le repreneur, ou le successeur, les recherches concernent la compréhension du processus et l’entrée dans l’entreprise. Les questions portent notamment sur :

  • les étapes clés du processus afin de démystifier le phénomène et peu importe les modalités,
  • l’accompagnement pour le repreneur : les risques en amont et en aval du processus,
  • les risques et les difficultés à l’entrée dans l’entreprise,
  • la socialisation du repreneur lors de l’arrivée dans l’entreprise aussi bien pour un repreneur externe que pour un salarié qui doit trouver sa légitimité auprès de ses collègues,
  • la gestion de la période de cohabitation avec le cédant qui est une étape fondamentale,
  • les défis pour les femmes repreneures.

 

Pour le cédant, les recherches ont beaucoup porté sur le domaine psychologique notamment l’approche psychologique de la situation avec des problématiques liées à la sortie du cédant. Ils pensent être préparés mais la réalité les rattrape et un vide se fait ressentir avec des conséquences importantes sur la santé. Les questions ont donc porté sur le processus de deuil pour que le cédant puisse sortir indemne du transfert d’entreprise tout en gérant la relation avec son successeur :

  • Quelles sont les modalités de transmission possibles ?
  • Quelles sont les dynamiques de succession managériale ?
  • Quel est l’impact de la relation du prédécesseur et du successeur sur la transmission de l’entreprise ?
  • Comment se gère le processus de deuil ?
  • Quelles sont les pratiques pour transférer son réseau social ?
  • Quelles sont les risques pour la santé ?
  • Quelle est la stratégie de réinvestissement ?

 

Pour l’entreprise et ses parties prenantes, les approches ont été multiples afin de prévoir les différents cas de figure :

  • Quelles sont les types de transmission et les orientations stratégiques en fonction de l’origine de la reprise (externe ou interne) ?
  • Comment gérer les ressources intrapreneuriales quand on parle de salariés ?
  • Quelles sont les spécificités des reprises des PME et dans l’artisanat ?
  • Comment gérer le noyau dur de l’entreprise (l’existant) ?
  • Comment conduire la transformation identitaire ?

L’ensemble de ces travaux permet d’adapter des outils et aussi, d’orienter au mieux les cédants et les repreneurs dans leur projet de transfert d’entreprise.

 

Julien de Freyman est professeur associé à l’ESC Troyes depuis 2008. Il dirige le département Innovation, entrepreneuriat et stratégie et co-pilote un programme de formations pluridisciplinaires réunissant un public de designers, d’ingénieurs et de commerciaux autour de problématiques issues de l’innovation et la gestion de projets industriels.

19 décembre 2017|Paroles d'experts|